MONTREAL, le 16 avril /CNW Telbec/ - Un consortium de chercheurs
canadiens et américains, sous la direction du Dr John D. Rioux, PhD,
professeur agrégé de médecine à l'Institut de Cardiologie de Montréal et à
l'Université de Montréal, présente dans le numéro en ligne du 15 avril de la
revue scientifique Nature Genetics les résultats d'une recherche dans
l'ensemble du génome humain des facteurs de risque génétiques à l'origine du
développement de la maladie de Crohn. Plus précisément, en se servant d'une
nouvelle stratégie, les auteurs ont déterminé que les gènes PHOX2B, NCF4 et
ATG16L1 constituaient des facteurs de risque génétiques de contracter la
maladie de Crohn. De plus, leur étude a permis d'identifier deux régions du
génome où sont situés des facteurs de risque, sans pouvoir cerner de gènes
connus en cause. Il faudra des travaux plus approfondis pour identifier les
gènes déterminants.
Plus d'un million d'Américains et quelque 170 000 Canadiens souffrent de
la maladie de Crohn ou de colite, connues collectivement sous le nom de
maladies intestinales inflammatoires (MII). Les auteurs de l'étude
appartiennent au IBD Genetics Consortium, organisme financé par le National
Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK) des National
Institutes of Health. Outre l'Institut de Cardiologie de Montréal et
l'Université de Montréal, le Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles,
l'Université de Chicago, l'Université Johns Hopkins, l'Université de
Pittsburgh, l'Université de Toronto et l'Université Yale font aussi partie du
consortium.
Etant donné le caractère héréditaire des maladies inflammatoires de
l'intestin et leur fréquence accrue dans certaines populations, en particulier
chez les Juifs ashkénazes, les chercheurs soupçonnent depuis longtemps la
présence d'une forte composante génétique des MII. Même si des études
génétiques antérieures ont découvert un lien entre la maladie de Crohn et la
mutation du gène CARD15, ces mutations à elles-seules ne constituent pas toute
la composante génétique des MII. Dans le but de trouver d'autres gènes
associés aux MII, l'équipe internationale de chercheurs a scruté le génome -
ses quelque 22 000 gènes - et mis à l'épreuve plus de 300 000 polymorphismes
de nucléotides simples, ou SNP (single nucleotide polymorphism), chez des
personnes atteintes de la maladie de Crohn et dans un groupe témoin en santé.
En comparant ces SNP (variantes génétiques communes) dans les deux groupes, on
a identifié de multiples SNP étroitement associés avec la maladie de Crohn.
Ces constatations ont ensuite été testées chez deux ensembles additionnels de
patients et de groupes témoins pour confirmer les résultats.
Selon l'auteur principal, John D. Rioux, les constatations mettent en
évidence de nombreux mécanismes biologiques dont on ignorait auparavant le
rôle dans la maladie de Crohn. "Par exemple, l'identification du gène PHOX2B
dans cette étude peut signifier que les cellules neuroendocrines de
l'épithélium intestinal ont un rôle à jouer dans la maladie de Crohn. De plus,
l'identification du gène NCF4 indique que la production d'espèces réactives de
l'oxygène modifiées, un facteur important dans le déclenchement d'une réaction
antimicrobienne efficace, peut entraîner un risque de développer la maladie de
Crohn." Le fait que les auteurs aient aussi trouvé une forte association avec
le gène ATG16L1 offrent des données probantes additionnelles à l'effet que la
réaction d'une personne aux microbes influence la prédisposition à la maladie
de Crohn.
En plus d'établir son association avec la maladie, ces auteurs ont aussi
démontré que l'ATG16L1 est essentiel dans le processus normal de l'autophagie
utilisé pour détruire des composantes cellulaires usées et aider à éliminer
certaines bactéries pathogènes. "Nous pensons que la variation génétique dans
le gène ATG16L1 modifie la façon dont le corps utilise l'autophagie et, par
conséquent, peut se traduire par une persistance accrue des composantes
cellulaire et bactériennes, entraînant une activation immunitaire inappropriée
et un risque plus élevé de la maladie de Crohn", explique le coauteur, le Dr
Ramnik Xavier, gastro-entérologue au centre des études des MII du
Massachusetts General Hospital (MGH) et chercheur principal au MGH Center for
Computational and Integrative Biology.
On s'attend à ce que les conclusions signalées dans cette étude
permettent non seulement de mieux comprendre la maladie sur le plan
biologique, mais qu'elles aient aussi des répercussions à long terme sur la
pratique clinique. Selon le Dr Edmond-Jean Bernard, coauteur et
gastro-entérologue à l'Hôtel-Dieu de Montréal et à l'Université de Montréal,
"les multiples facteurs génétiques que nous avons identifiés permettent de
cerner de nombreuses cibles moléculaires dans les études fonctionnelles en
cours pour comprendre la maladie et d'importantes cibles pour le développement
de meilleures pharmacothérapies contre la maladie de Crohn à l'avenir". Le Dr
Stephen P. James, MD, directeur de la Division des maladies digestives et de
la nutrition du NIDDK des National Institutes of Health a poursuivi en disant
que "ces découvertes importantes offrent non seulement de nouveaux espoirs de
meilleures thérapies pour les patients atteints de la maladie de Crohn, mais
elles mettent aussi en évidence les promesses du projet du génome humain et
des investissements d'envergure subséquents par les NIH, des projets de
recherche en collaboration pour trouver les causes et, espérons-le, de
meilleurs traitements pour des maladies complexes et énigmatiques".
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